La psyché

Être heureux ou avoir raison ?

Être heureux ou avoir raison ?

Souvent, l’Homme préfère avoir raison plutôt que d’être heureux. Cela lui permet d’entretenir ses petits drames personnels, ses conventions, ses pactes de malheur passés avec lui-même. C’est un héritage adaptatif, souvent né de l’enfance, qui a forgé en lui ce que l’on pourrait appeler une personnalité, un trait de caractère, avec lequel il finit par se confondre, par se fondre.

Être heureux

Cela lui donne un sentiment d’identité, une forme de consistance à travers les positionnements qu’il va défendre bec et ongles : des croyances, des points de vue issus d’une expérience toute relative, dans une culture donnée, dans un lieu donné, dans un contexte donné, et qui n’ont finalement que peu à voir avec une réalité plus vaste.

Alors, en ayant raison, ou plutôt, en se donnant raison, il va avoir le sentiment de dominer quelque chose : une situation, une ou plusieurs personnes, sa propre vie… Il a alors le sentiment de se créer une sécurité, une forteresse de carton illusoire dans laquelle il va rester niché. Cette forteresse ne lui apportera que quelques satisfactions passagères, quelques moments de plaisir, mais jamais le goût profond du bonheur ni celui d’une satisfaction intérieure.

Ce positionnement est la conséquence du « dressage » des Hommes dans ce monde et de leur besoin de défendre le seul pré carré qu’ils pensent posséder : leur personnalité. Ils la revendique, l’affiche, parfois même ils en ont honte, mais s’y identifient malgré tout.

À un moment donné, ce mode de fonctionnement peut s’user et ne devient plus tenable. L’édifice ne tient plus, et l’énergie nécessaire pour le maintenir ne peut plus être mobilisée.

C’est alors qu’un moment de doute, de remise en question, un arrêt, peut survenir, et se traduire par une dépression. Cela peut simplement marquer une pause, le temps pour la personne de retrouver suffisamment d’énergie afin de continuer à reconstruire son empire de malheur.

Parfois, après plusieurs chutes, accompagnées d’une souffrance devenue presque insupportable, il peut se produire une forme d’effondrement de tout ce système : cet empilement de fausses vérités, ou plutôt de vérités relatives.

Ce moment est difficile. C’est un passage dans lequel le faux s’effrite, s’effondre, parfois partiellement, parfois davantage. Et pourtant, cet effondrement est nécessaire pour que quelque chose de nouveau puisse advenir.

Il faut qu’un système s’effondre pour qu’un nouvel ordre puisse s’établir. Il faut faire de la place. Il faut vider sa coupe afin qu’elle puisse accueillir un nouveau nectar. Un accompagnement est souhaitable, voire nécessaire pour prendre place dans ce nouvel univers.

Bien souvent, l’Homme met tout en œuvre pour maintenir son système. Il crée des conditions extérieures afin qu’il y ait le moins possible de remise en question. Il cherche inconsciemment à ce que la vie entre en résonance avec ses croyances afin qu’elle lui donne raison.

Nos relations sont certainement ce qui met le plus en relief nos fonctionnements individuels – ou devrais-je dire nos dysfonctionnements.

Il faut beaucoup d’observation pour les mettre à jour, pour poser de la conscience dessus, pour en comprendre intimement l’origine, jusque dans la chair, et pouvoir enfin s’en défaire.

Il devient alors possible de leur dire au revoir, en les remerciant pour ce qu’ils ont accompli. Car à une époque donnée – celle de l’enfance, où nous n’avions pas d’autre choix que de nous adapter à notre environnement – ces mécanismes étaient utiles.

L’erreur est qu’en quittant cet environnement particulier, nous continuons à maintenir des modes de fonctionnement qui étaient adaptés à ce contexte précis, mais qui ne le sont plus dans les relations que nous entretenons aujourd’hui avec le monde extérieur.

C’est peut-être là que réside l’erreur fondamentale : celle qui nous enferme dans une spirale de malheur tant que ces mécanismes ne sont pas mis en lumière.

Alors, vous pouvez continuer à vouloir avoir raison. Vous pouvez continuer à défendre votre pré carré. Mais posez-vous simplement ces questions :

  • Ce mode de fonctionnement m’apporte-t-il réellement de la joie ?
  • Me rend-il heureux ?
  • Ai-je le courage de remettre en question, ne serait-ce que partiellement, ces modalités de fonctionnement ?
  • Puis-je envisager qu’une autre manière d’être au monde existe ?
  • Si oui, puis-je y prétendre et m’autoriser ce droit ?

Au final, je me demande si cet écrit n’est pas une manière de vouloir avoir raison sur la raison elle-même.. Un vrai piège. Notre réalité intérieure est indicible et sûrement le silence conscient en est la manifestation la plus tangible.

Laisser un commentaire